« Délires », un récital du ‘’poète errant’’ Thierno Seydou Sall

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Thierno Seydou Sall a présenté le samedi 14 novembre 2009 à l’Espace Timtimol, ‘’Délires’’, une livraison en version audio dans laquelle il donne sa vision du monde, s’interroge et dénonce les travers des grands de ce monde sur un ton original et volontairement provocateur.

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A coup d’images et de mots suggestifs, le ‘’poète errant’’, accompagné d’une kora, déclame douze poèmes dont une partie a été déjà éditée. On rigole par moments, mais on saisit surtout des réalités que l’on voit tous les jours sans se rendre compte de leurs sens et gravité. Dans ses pérégrinations, le poète rencontre de « jeunes Américains ivres et surexcités dans les jardins de l’exotisme, (l)’entraînant dans les allées de tout un harcèlement de questionnements », constate que « l’Afrique ne connaîtra jamais l’orgasme financier, victime qu’elle est de l’excision de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international ».

La situation est si grave et si préoccupante que Thierno Seydou Sall qui ne verse pourtant pas dans le pessimisme se fait l’écho de l’angoisse d’Allah qui lui-même se demande si le développement de l’Afrique le trouvera en vie. Le ‘’poète errant’’ fustige l’attitude de la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, qui « dansent dans les night-clubs des ventres ballonnés de l’Afrique », parles des séminaires, ces réunions au cours desquelles des experts prétendent régler les problèmes de l’Afrique.

Il ne rate pas les ONG, ces « développeurs économiques, (qui), tels des géomètres, tracent le destin des villageois » en faisant des schémas. D’où la question : « Le Nord ne refinance-t-il pas le Nord par l’intermédiaires des pays du Sud ? » Le drame de l’émigration et les conditions de vie des émigrés – ‘’les cafards’’ —, en France notamment, le ‘’cannibalisme monétaire’’ de l’Union européenne et des Etats-Unis, les difficultés à réaliser l’unité africaine, sont d’autres thèmes qui préoccupent Thierno Seydou Sall.

Dans ‘’Ndank Ndank’’, le poète ausculte la société sénégalaise dans son rapport au temps « qui marche, erre, remet à demain ce qu’il peut faire aujourd’hui et crie Inch’Allah ». ’’Ndank Ndank’’ est le « leitmotiv de cette société possible qui tient à récolter la patience, les graines de la sérénité », constate Sall, ajoutant que ‘’le temps s’endette pour faire un baptême royal, consulte les marabouts, les devins, les guérisseurs’’.

En produisant ce CD qui lui permet de toucher et d’interpeller un public plus large, « Thierno Seydou Sall reste fidèle à une démarche qu’il a inaugurée en 1992 avec la sortie de +Sey ak jamono+, une cassette dans laquelle il présentait quelques-uns de ses poèmes en wolof », indique une note de présentation du disque.

Le texte souligne que le poète a « l’avantage d’être à l’aise aussi bien avec le français qu’avec les langues nationales ». Il cite ‘’Silmaxa’’, ‘’Kër dof’’, ‘’Puukare’’, ‘’Suuxat’’, recueils écrits en wolof et traduits en pulaar. ‘’Bouffées délirante’’, ‘’Délires du 3-ème millénaire’’ et ‘’L’envol des pélicans’’ (préfacé par Cheikh Hamidou Kane) sont, quant à eux, destinés au lectorat francophone. Avec ‘’Délires’’, le dernier produit, ces différentes publications dévoilent « les ressorts de la création de Thierno Seydou Sall : un goût de la provocation, un don de la pertinence et un souci d’originalité ».

Certains de ses poèmes ont été adaptés par différents chanteurs dont les Sénégalais Cheikh Ndiguël Lô (Ndogal) et Aby Ndour (Sàmmkatu xel ak xel) et la Béninoise Angélique Kidjo (Silmaxa). Thierno Seydou Sall a remporté en 2000 le 1-er Prix de Poésie de la Maison africaine de la poésie internationale (MAPI) lors des 2-èmes Rencontres poétiques internationales de Dakar. Au cinéma, Laurence Gavron a interrogé son écriture dans son documentaire ‘’Présence Africaine’’ (1997), Fatou Kandé Senghor, dans ‘’La caravane de la poésie’’, l’a suivi au cours de ses récitals dans plusieurs villages du Sénégal, entre 1999 et 2000. Pour sa part, le jeune réalisateur Bamba Diop prépare un portrait du poète intitulé ‘’Le monde de Thierno Seydou Sall’’.

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 18 novembre 2009

PS : Le film documentaire de Bamba Diop est sorti en 2014 sous le titre ‘’Les vérités du fou’’

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