Ablaye Ndiaye Thiossane, le retour à la lumière

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L’artiste sénégalais Ablaye Ndiaye Thiossane s’est produit le vendredi 21 octobre 2011 à l’Institut français Léopold Sédar Senghor de Dakar. Un spectacle qui sonnait comme un retour à la lumière pour un musicien dont la carrière s’est brutalement interrompue au lendemain du Festival mondial des arts nègres (1966) dont il a signé l’hymne officiel, ‘’Taal Lène Lampe Yi’’. Thiossane_Ablaye_NDiaye Cheveux et barbes blancs, Ablaye Ndiaye Thiossane, 75 ans, posé dans sa démarche et ses propos, dissimule mal derrière ses lunettes de soleil sa joie de se retrouver au devant de la scène, même si, comme il l’a dit à la presse, jeudi à la veille de son concert, il désespérait de trouver un producteur. L’homme revient avec un album, son tout premier, fait de chansons qu’il avait enregistrées avec les moyens du bord et que le producteur Ibrahima Sylla, séduit par sa voix, a aidé à ressortir. Ce déclic a été rendu possible par les conseils du salsero Médoune Diallo. « Je suis très content d’avoir fait cette production parce que j’étais complètement oublié. Je désespérais même de trouver un producteur qui m’aiderait à faire connaître mes compositions », dit cet autodidacte dans un français qu’il a appris dans les salles de cinéma. Ablaye Ndiaye Thiossane est un passionné de cinéma : il connaît les classiques français, arabes, indiens ou de l’ex-Union soviétique, ainsi que leurs héros. « Le 7-ème Art m’a appris à lire, à écrire et à parler le français », explique l’artiste, qui égrène avec précision les différentes étapes de sa longue carrière. Né le 3 février 1936 à Thiès (70 Km de Dakar), il se découvre une passion pour le dessin dès l’adolescence. A 14 ans, il commence à s’exercer en copiant les affiches de films. Puis, après avoir vu ‘’O Cangaceiro » de Lima Barreto, primé à Cannes (France) en 1953, il est séduit par la musique de cette œuvre. Il découvre alors Harry Belafonte, Duke Ellington, BB King, Nat King Cole, s’inscrit en 1962 à l’Ecole nationale des arts pour se perfectionner en dessin et devenir artiste plasticien. Parmi ses professeurs, Iba Ndiaye. Il suit aussi les cours de la section d’art dramatique, ce qui lui permet de côtoyer Abdoulaye Douta Seck, Doura Mané ou encore Djibril Diop Mambety. En 1964, il monte le Thiossane Club, un orchestre dont l’option est de valoriser le patrimoine immatériel sénégalais, notamment wolof. Le directeur de l’Ecole nationale des arts d’alors, Alioune Diop, le présente à celui de Radio Sénégal, Ibrahima Mbengue, à un moment où le premier Festival mondial des arts nègres était en préparation. Pour accueillir le monde noir à Dakar, les autorités sénégalaises lancent un concours pour trouver l’hymne à l’événement. C’est ainsi que Abdoulaye Ndiaye Thiossane se révèle au grand public en interprétant ‘’Taal Lène Lampe Yi’’, une vieille chanson des Fanal saint-louisiens. Le succès est là. Mais, plus rien après son retour à Thiès, sa ville natale, en 1967, pour s’adonner à la peinture sur carton. C’est le début de cette longue traversée du désert pendant laquelle a eu lieu sa rencontre avec le producteur Ibrahima Sylla. Il avait même été « ignoré et écarté », selon ses propres termes, du troisième Festival mondial des arts nègres (décembre 2010). Ablaye Ndiaye Thiossane avait ‘’rangé’’ la musique pour se consacrer à la peinture. Celle-ci ne lui apporte pas des revenus substantiels, juste de quoi subvenir à des besoins essentiels : nourriture, eau, électricité, éducation de ses neuf enfants (huit filles et un garçon). « Au Sénégal, la vie d’artiste est dure parce que le public n’a pas les moyens de payer nos œuvres. C’est encore plus dur pour un artiste plasticien », déplore-t-il. Peut-être sa situation va-t-elle s’améliorer avec l’album qu’il porte, tiré de la centaine de titres de son répertoire. Le disque sert de support à ce retour sur scène qui a déjà commencé par la France. Il est composé de neuf titres, partagés entre chansons d’amour, compositions classiques du répertoire des griots, des contes et légendes que lui disaient sa mère et un de ses oncles. Il y a rendu aussi hommage à une autre légende de la musique sénégalaise, Abdoulaye Mboup, disparu en 1975, et à la femme sénégalaise. Il y a chanté avec Khar Mbaye Madiaga, Balla Sidibé, Médoune Diallo, Assane Mboup, Fatou Mbaye, Marie Ngoné Ndione et d’autres chanteurs. Les instrumentistes Cheikh Tidiane Tall (guitare), Thierno Kouaté (saxophone), Samba Laobé Ndiaye (basse), entre autres, y ont été associés. Cette remise sous les feux de la rampe d’Ablaye Ndiaye Thiossane est quelque part un juste retour des choses, même si lui-même ne le prend pas comme une revanche face à un système qui l’a plongé dans l’anonymat pendant plus de 40 ans. Il revient pour jouer et donner du plaisir. Toutes choses qu’il n’aurait jamais dû cesser de faire. Mais, pour lui, ‘’c’est le destin’’. Aboubacar Demba Cissokho Dakar, le 21 octobre 2011

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