Une saison au Congo : actualité d’une pièce, hommage à une vision

Publié le Mis à jour le

En 1966, le poète Aimé Césaire écrit la pièce de théâtre Une saison au Congo. Elle met en scène les derniers mois de la vie de Patrice Lumumba (1925-1961). Compte rendu de sa mise en scène par la Troupe dramatique du Théâtre national Daniel Sorano, du Sénégal.

L’avertissement sur les dangers d’une mauvaise gouvernance du poète Aimé Césaire, lancé dans la pièce ‘’Une saison au Congo’’ n’a pas pris une ride, au vu de la situation sociopolitique actuelle de la plupart des pays du continent. La Troupe dramatique du Théâtre national Daniel Sorano est venue le rappeler, dimanche 12 juillet 2009 à Alger, lors d’une prestation.

Pour la deuxième édition du Festival culturel panafricain (5-20 juillet 2009), le Sénégal a choisi, pour le théâtre, de montrer l’actualité d’une pièce écrite il y a plus de quarante ans, alors que l’Afrique venait de tomber entre les mains d’élites politiques n’ayant pas une vision progressiste de l’avenir de leurs pays.

La tragédie du Congo, ou comment le sort d’un homme (Patrice Lumumba) est celui d’un pays sont liés. Pour illustrer cette réalité, les comédiens sénégalais ont réussi, sur une mise en scène de Mamadou Seyba Traoré, à peindre un tableau réaliste et lucide de la situation actuelle de la plupart des pays africains.

‘’Une saison au Congo’’ est une œuvre prémonitoire. Elle permet, à la lumière de l’actualité, de comprendre les faux départs que les indépendances nominales des pays africains, principalement ceux au Sud du Sahara, ont constitués au début des années 1960. La pièce met en scène la tragédie de Patrice Lumumba (1925-1961), père de l’indépendance du Congo dit belge, à l’époque de la reconquête belge du territoire congolais. En l’écrivant, Aimé Césaire avait voulu mettre en garde les Etats africains qui venaient d’accéder à l’indépendance, contre les dangers d’une mauvaise gouvernance.

Dimanche 12 juillet 2009, au Théâtre national d’Alger, la Troupe de Sorano est restée dans la ligne tracée dès la première édition du Festival culturel panafricain (1969), au cours de laquelle elle avait joué ‘’L’exil d’Alboury’’ pour parler de la résistance à la colonisation française. La troupe avait décroché la médaille d’or lors de la manifestation organisée il y a 40 ans.

Une_saison_au_Congo

Chaque instant de l’interprétation d’’’Une Saison au Congo’’ par les comédiens de Sorano a été un moment fort du drame au cours duquel se joue le sort d’une nation. Par une maîtrise professionnelle certaine, une belle occupation de l’espace et du temps, une fidélité à l’histoire et à l’esprit du texte, les acteurs ont, pendant une heure et 45 minutes, maintenu la tension.

Patrice Lumumba (Ibrahima Mbaye), remarquable de prestance et de maîtrise, a habité le personnage du leader congolais. « Dominons nos querelles tribales » pour former « des Congolais libres, unis et organisés », dit-il en réponse aux premières velléités sécessionnistes qui n’ont pas tardé à se faire jour dans un pays aux richesses naturelles immenses. Mais il se trompait peut-être parce qu’il n’avait pas pris la mesure de la détermination des forces impérialistes et néocoloniales à maintenir dans les liens de la dépendance et d’un désordre organisé un continent objet d’appétits de toutes sortes.

Le « grand jour » de la proclamation de l’indépendance a consacré en réalité le point de départ du destin tragique que vit encore le peuple du Congo. Lumumba n’a pas été assez méfiant pour le savoir. « Nous avons lutté, nous avons vaincu. Notre pays est désormais entre les mains de ses enfants. (…) que chacune de nos blessures se transforment en mamelles », lance Lumumba à un peuple plein d’espérance. Pendant ce temps, d’autres forces « travaillent » un Mokutu, colonel de l’armée, pressé d’accéder au pouvoir pour assouvir ses ambitions personnelles et servir des intérêts autres que ceux de son peuple.

Ayant senti le mal venir, le peuple lance à ses nouveaux dirigeants qui avaient commencé à s’enrichir sur son dos : « L’indépendance ne doit Pas être un mot vide ». Hélas ! Au lieu d’être « des forçats volontaires, condamnés à travailler sans fin et n’ayant pas le temps des soucis matériels », les dirigeants entretiennent les divisions tribales au détriment de l’unité nationale que prône Lumumba. Ce dernier veut se battre contre « ceux qui pensent que le ciel va s’effondrer lorsque le Nègre dira à la face du monde la vérité au Blanc ».

« Une chose que tu tiens dans la main (l’indépendance), accepteras-tu qu’on te l’arrache ? Nous sommes en révolution et en révolution c’est le peuple qui compte », poursuit le Premier ministre, plutôt naïf et traité de « petit communiste aux abois ». Même face aux mises en garde et avertissements de son entourage et de son épouse Pauline, Patrice Lumumba reste « crédule et confiant ». « Ils ne peuvent rien contre moi », répétait-il. Pourtant, ces forces sont encore à l’œuvre après l’avoir éliminé physiquement. Depuis lors, le Congo paye sa dette de sang.

Aboubacar Demba Cissokho

Alger, le 13 juillet 2009

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