Xalima la plume, document-témoin d’une époque de liberté et de créativité

Publié le Mis à jour le

Dans une démarche militante, le cinéaste sénégalais Ousmane William Mbaye poursuit, avec ce film sur le musicien Seydina Insa Wade (1948-2012), un travail de mise en boîte de repères historiques importants.

Xalima

Le documentaire Xalima la plume (Films Mame Yandé, Autoproduction, 52 minutes), du réalisateur sénégalais Ousmane William Mbaye, garde, plus de six ans après sa sortie, au-delà de sa relation du retour au bercail d’un artiste, sa qualité de document-témoin d’une époque marquée par un bouillonnement fertile et l’affirmation d’une certaine identité.

Bien plus qu’un portrait en situation de Seydina Insa Wade, pionnier de la musique folk au Sénégal, même s’il met le focus sur le retour du musicien à Dakar, après un ‘’exil’’ de près de 20 ans, le film est un lieu de mémoire à la fois spirituelle, culturelle et politique.

Xalima la plume c’est l’histoire d’une amitié, celle qui lie, depuis leur prime jeunesse, Ousmane William Mbaye, cinéaste quasi-obsédé par le devoir de mémoire, à Seydina Insa Wade, artiste ancré dans une tradition spirituelle héritée d’une famille où la religion est un axiome de base.

Porté par sa passion de la musique, Wade passe outre la désapprobation de son père et fabrique, à l’âge de seize ans (1964), sa première guitare. Au sein de la formation de quartier, le ‘’Rio Sextet’’, il tient le rôle du contrebassiste.

Presque inconnu jusque-là du grand public, Seydina Insa Wade se révèle en participant, en 1966, au premier Festival mondial des Arts nègres à Dakar, au cours duquel il se fait remarquer avec un style à la fois nouveau pour le commun des Sénégalais et controversé, un folk chanté en wolof.

Après « Le Sahel », où il joue au début des années 1970, Wade, équipé de sa guitare, de sa voix et de ses textes, se produit dans des clubs de la capitale sénégalaise. Il enregistre un premier 45 tours, Tablo Ferraye, extrait de la musique du film Xew Xew, de Cheikh Ngaïdo Bâ, dans lequel il est acteur. Se sentant quelque peu à l’étroit, il s’en va à Paris, vers le milieu des années 1980. Accompagné par Idrissa Diop (percussions) et Oumar Sow (guitare, basse, synthé), il s’exprime et fait entendre un folk soutenu par un mballax épuré et s’appuyant sur des chants tirés des rites, contes et musiques populaires.

Cette affirmation culturelle est doublée d’un engagement politique. Dans Afrik, il dit sa douleur après la mort dans des circonstances mystérieuses, dans une prison à Gorée, du jeune opposant de gauche, Oumar Blondin Diop (mai 1973), et évoque une révolte de femmes lébou lors de la Seconde Guerre mondiale. Le documentaire d’Ousmane William Mbaye s’ouvre justement sur un hommage de Seydina Insa Wade à Oumar Diop Blondin, aux tirailleurs de Thiaroye, fusillés par l’armée française alors qu’ils réclamaient leurs pécules, et aux femmes de Ndeer, qui ont préféré s’immoler par le feu plutôt que de subir l’esclavage.

Avec comme fil conducteur le retour de l’artiste à Dakar, le documentaire offre une plongée dans un univers de totale liberté et d’expression pour un artiste sincère qui s’en donne à cœur joie. On le voit à l’œuvre, faisant ressortir, dans son authenticité, sa culture, ses influences.

Le film est un document en ce sens qu’il témoigne d’une époque, de l’ambiance de l’accueil réservé à Seydina Insa Wade, parti une vingtaine d’années plus tôt en France. Alors qu’il renoue avec Dakar, Wade est suivi par le cinéaste, offrant à voir un portrait fort, sensible et intime du musicien. On (re)découvre un personnage haut en couleurs, en constant bouillonnement.

Sont associés à cette quête de sens, des amis qui pourraient revendiquer, comme Ousmane William Mbaye et Seydina Insa Wade, leur part de ces formes d’expression à opposer à une uniformisation : Oumar Sow, Mamadou Diallo (décédé), Doudou Doukouré, Christian d’Erneville, Samba Laobé Ndiaye, Hélène Billard, Bassirou Lô (décédé), Souleymane Faye.

Même les lieux où sont tournées les séquences du documentaire, clubs de musique, cours de maison, plages, peuvent être intégrés dans une esthétique de résistance, expression d’un point de vue d’un ancrage singulier. Ne serait-ce que pour cela, le film méritait d’être fait.

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 28 avril 2011

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